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AVIS ET CRITIQUE

Islam ≠ terrorisme

À propos de L'abandon

La critique

Un film bouleversant par son sujet, mais qui m’a laissée profondément mal à l’aise sur certains aspects.

Rien ne justifie l’assassinat de Samuel Paty ni le terrorisme commis au nom d’une idéologie se réclamant de l’islam.

C’est justement là que le film m’a dérangée. J’ai parfois eu le sentiment qu’il aurait pu davantage prendre le temps de distinguer l’islam, les musulmans et l’idéologie radicale qui a conduit à cet attentat. Parce qu’à force de laisser ces éléments se côtoyer sans toujours les questionner, on peut malgré soi nourrir des représentations qui participent à l’islamophobie.

Et surtout, j’aurais aimé que le film approfondisse davantage ce qui constituait réellement le danger en amont du drame : l’emballement des réseaux sociaux, la diffusion d’informations mensongères, la désignation progressive d’un homme comme cible, les personnes qui ont contribué à cette mécanique, mais aussi les défaillances institutionnelles.

Samuel Paty était en demande d’aide. Des alertes existaient. Pourquoi son isolement et les menaces auxquelles il faisait face n’ont-ils pas davantage été pris en compte ? Que pouvait faire son établissement ? Que pouvait faire sa hiérarchie ? À quel moment aurait-il fallu intervenir ?

On peut condamner sans réserve le terrorisme sans accuser une religion entière. On peut défendre la liberté d’expression et la laïcité sans nourrir les amalgames. Et on peut rendre hommage à Samuel Paty tout en ayant le courage d’interroger toutes les responsabilités qui ont précédé son assassinat.

C’est cette complexité que j’aurais aimé voir davantage dans le film.

PS: Je condamne profondément le terrorisme et ceux qui commettent ces actes écœurants. Se servir de l’islam pour justifier la violence et le meurtre est, à mes yeux, une trahison totale des valeurs de cette religion. Réduire l’islam à leurs actes, c’est aussi donner à ces criminels exactement le pouvoir qu’ils cherchent à avoir sur son image. Et je déteste aussi lorsque des producteurs s’emparent d’une histoire aussi tragique pour entretenir, volontairement ou non, une ambiguïté autour de l’islam et nourrir des représentations islamophobes. On peut raconter cette histoire, condamner le terrorisme et montrer la radicalisation sans faire de l’islam lui-même un élément suspect du récit.