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AVIS ET CRITIQUE

La fête, jusqu'à l'absurde

À propos de Ce matin va être une pure soirée

La critique

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Ce qui empêche « Ce matin va être une pure soirée » de n'être qu'une blague de sketch, c'est qu'il est construit comme un vrai single de dance et ne cille jamais. La pulsation à quatre temps autour de cent trente quatre battements par minute, la prod sans aspérité, le refrain fait pour être braillé à plusieurs : tout est réglé pour tenir sur une piste, et c'est ce sérieux de façade qui fait marcher la parodie. Si la musique faisait un clin d'œil, on verrait la vanne arriver. Ici, le décalage passe uniquement par le texte, et ça lui donne plus de force.

L'idée de départ est presque bête : faire la fête à dix heures du matin. Le morceau la pousse de plus en plus loin, sur le périph', à la maison de retraite, à la crèche à l'heure du goûter, en garde à vue qui finit en after. La liste marche parce que chaque étape est plus incongrue que la précédente et que la dernière se casse la figure sur un mot... Ensuite arrive le coup de fil du pote dont le grand-père vient de mourir, et la réaction est immédiate, enthousiaste. Le refrain suivant ne change qu'un mot, et le titre bascule dans l'absurde noir sans que la musique bouge d'un poil. Aucun break, aucun silence, juste une sonnerie de téléphone. C'est de loin le meilleur moment, et le seul où le morceau dépasse la parodie de format pour devenir un peu méchant : la fête comme réflexe, qui ne fait plus la différence entre un enterrement et un anniversaire !

Le problème, c'est qu'une fois cette carte jouée, il ne sait plus quoi en faire... Le refrain redevient « ce matin » et la blague n'est ni prolongée, ni retournée... La suite tourne à l'inertie... Le couplet de Dogg Soso aligne des images de jeune rappeur pressé, de plus en plus bizarres, plus étranges que drôles, sans vraie chute... Puis les refrains s'enchaînent en boucle... Le pont sauve un peu la fin, avec ses traductions littérales qui transforment le club en sandwich, ce jeu sur le franglais de dancefloor qui est la marque de fabrique du personnage. Mais on sent que l'énergie comique s'est déjà dépensée au milieu du morceau...

La question des voix pèse aussi... Big Ali joue l'invité anglophone de service, celui qui lance des injonctions en anglais, et son couplet est bien vu : Fatal termine à sa place la phrase par un « pain au chocolat », comme un relais franglais en trois secondes. Le refrain de PZK, lui, a le mérite d'être scandable, mais c'est plus un slogan qu'une mélodie... Le vrai souci vient de la répétition : tout le monde crie, tout le monde est mixé à peu près au même niveau, en avant, sans respiration... Ça correspond à l'esprit de la fête, mais, à la longue ça fatigue, et le passage parlé de l'appel téléphonique fait précisément du bien parce qu'il casse ce plafond de décibels. Un peu plus de contraste dans le placement des voix aurait mieux servi les gags...

Il y a aussi qqch d'amusant dans le fait que le titre soit né pour vendre un film et qu'il glisse malgré tout des noms de téléphones et de marques comme des clins d'œil sur le placement de produit... Le jeu de miroir est assumé, sans devenir un vrai commentaire.

Au final, c'est un single qui sait ce qu'il est : une parodie assez fidèle pour passer en soirée sans faire rire, avec une très bonne idée au centre et un long ventre mou derrière... Je le réécoute volontiers jusqu'à l'appel du pote. Après, je décroche un peu...