AVIS ET CRITIQUE
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Ă propos de La Commune (Paris, 1871)
La critique
J'ai finalement franchi le pas et ai lancé les 5 heures et 45 minutes que dure La Commune.
C'est clairement une oeuvre au dispositif fascinant mais qui me pose plusieurs problĂšmes.
La note est de mauvaise foi, car je suis assez mitigé, mais je pense que c'est important de connaitre la Commune à travers des oeuvres si politiques. Pour ne pas oublier.
Peter Watkins fait un choix trÚs audacieux, celui de se détacher de ce que nous connaissons tous lorsqu'un film retrace des évÚnements historiques : le film historique classique.
Et c'est à la fois quelque chose que je salue mais qui me dérange.
Lorsque j'ai lancĂ© le film je m'attendais Ă vivre la Commune, entrer dans cette page de l'histoire si Ă©tonnante et Watkins veut justement Ă©viter cette illusion de l'immersion â un choix tout Ă fait respectable.
Pour donner vie à La Commune, il n'aura que 13 jours de tournage avec 200 acteurs amateurs qui jouent des rÎles en fonction de leurs propres convictions politiques, le tout dans un hangar aux décors minimalistes (pour ne pas dire amateurs).
C'est un film qui brise réguliÚrement le quatriÚme mur, qui parle de Mai 69, cite Trotsky... Les deux principales visions qui s'opposent sont celles de deux télévisions, celle des communards et celle des Versaillais, quelque chose d'anachronique.
VoilĂ les bases : l'anticonformisme transcende de A Ă Z.
Tout cela a pour but de lier la Commune avec le prĂ©sent. Mais cela perd chaque jour en pertinence. Ă l'heure d'internet, des rĂ©seaux sociaux, de l'IA, notre regard sur la manipulation de masse des mĂ©dias n'est plus du tout le mĂȘme, les fake news n'ont plus la mĂȘme maniĂšre de fonctionner... Le parallĂšle s'affaiblit parce que le monde change.
Ensuite, pour l'expĂ©rience politique, le choix d'acteurs amateurs a du sens, mais dessert vĂ©ritablement le film. 5 heures c'est long. 5 heures de radotage pour des revendications fĂ©ministes, socialistes, antireligieuses â mĂȘme si je suis Ă 100% avec eux â c'est physiquement Ă©puisant. La plupart du temps ce sont les mĂȘmes propos qui reviennent, une rĂ©flexion assez limitĂ©e en plus de cela qui s'arrĂȘte Ă des banalitĂ©s pour nous et qui ne s'occupe pas du volet "comment appliquer ça" seulement de la rĂ©clamation. Et c'est dommage.
Ensuite cette dĂ©marche qui n'est donc en rien celle d'un film historique fait que, une fois le film fini, je ne sais pas vraiment ce qu'a Ă©tĂ© la Commune, la reconstitution, n'est pas, et n'a pas vocation Ă ĂȘtre, historique. Et Ă cela on pourrait me dire d'aller voir un documentaire si ça ne me va pas, mais le fait est que cette oeuvre est devenue LA rĂ©fĂ©rence quand on parle de la Commune et je ne la trouve pas assez fidĂšle. Alors bien sĂ»r, l'aspect progressiste, les divisions internes, la lutte des classes, les Ă©tapes de sa mise en place y sont, mais cela manque cruellement d'ampleur. On ne peut pas faire un film sur un Ă©vĂšnement si important de l'histoire mondiale avec un dispositif si rĂ©duit, sans montrer les atrocitĂ©s commises par l'Ătat pour Ă©touffer la rĂ©volution, sans illustrer de maniĂšre globale ce qu'a Ă©tĂ© Paris sous la Commune.
Tout cela fait (pour moi), de ce film, une oeuvre que partiellement aboutie non pas qu'elle n'ait pas choisi la bonne démarche, mais parce qu'elle ne m'a pas satisfait à titre personnel.